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VOIR LES SOINS DE SANTÉ DIFFÉREMMENT

Durant sa longue carrière, Christa Chase a soigné des milliers de patients dans tous les services de l'Hôpital régional Dr Everett Chalmers. Quand son père est soudainement tombé malade et a frôlé la mort, Christa a pu mieux comprendre ce que vivent les proches d'une personne qui a besoin de soins médicaux critiques.

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Christa Chase connaît l'Hôpital régional Dr Everett Chalmers (HRDEC) comme le fond de sa poche. Infirmière auxiliaire autorisée, Christa est passée par tous les services de cet établissement du Réseau de santé Horizon depuis le début de sa carrière, il y a 17 ans. Elle travaille maintenant au Service de médecine familiale, où elle s'occupe surtout des patients victimes d'un AVC dans une unité de soins de courte durée à l'HRDEC.

Christa a aidé des milliers de personnes dans des milliers de situations, mais étonnamment, l'expérience qu'elle avait acquise professionnellement ne l'avait pas préparée à ce que sa famille s'apprêtait à vivre.

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NOCES D'OR

Les parents de Christa, Lawrence (Larry) et Judy Somerville, sont retraités. En janvier, ils sont rentrés d'un voyage en Nouvelle-Zélande et en Australie qu'ils ont effectué pour célébrer leur 50e anniversaire de mariage. Ils étaient ravis des beaux moments passés ensemble, mais ils étaient aussi bien contents de retrouver leur lit! Tous deux en bonne santé, Judy et Larry ont commencé à présenter des symptômes d'un rhume peu après leur retour à Fredericton.

Leurs symptômes persistant, ils se sont demandé s'ils n'avaient pas attrapé quelque chose durant leur voyage. Ils ont décidé de se confiner eux-mêmes à leur domicile en attendant que leus symptômes passent pour éviter de rendre le reste de la famille malade.

« Ta mère fait de la fièvre », disait Larry à ses enfants qui voulaient venir les visiter. « Vaut mieux remettre ça à une autre fois. On ne voudrait surtout pas vous donner nos germes », expliquait-il.

Même s'il était difficile de rester à l'écart, Christa et sa famille ont respecté leurs volontés. À son réveil après deux longs quarts de travail à l'hôpital, Christa a trouvé plusieurs textos qui lui avaient été envoyés au milieu de la nuit par son frère Troy et sa mère. Christa a su que quelque chose ne tournait pas rond et s'est demandé qui, de son père ou de sa mère, était devenu plus malade.

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DE MAL EN PIS

Larry était celui qui était malade.

« Quand je suis arrivée à l'hôpital, je me suis rendu compte que l'état de santé de mon père avait empiré et que sa respiration avait beaucoup changé », se souvient Christa. Fidèle à lui-même, Larry faisait des farces et socialisait avec le personnel soignant et les patients dans la salle d'attente du Service d'urgence. Le médecin traitant a par ailleurs fait remarquer à la famille qu'il n'avait pas l'air aussi malade qu'il ne l'était vraiment.

« Il continuait à nous parler et nous devions lui rappeler d'arrêter de parler pour ne pas faire chuter son niveau d'oxygène », se remémore Christa.

En l'espace de quelques heures, l'infection aux apparences bénignes dont souffrait Larry s'est transformée en course contre la montre pour les infirmières et les médecins, qui ont dû mettre les bouchées doubles pour lui sauver la vie.

À l'arrivée de Christa, son père souffrait d'acidocétose, une accumulation d'acide dans le sang potentiellement mortelle qui résulte d'un taux élevé de sucre dans le sang. Il avait aussi contracté une pneumonie et une septicémie, une autre affection potentiellement mortelle qui apparaît quand la réaction du corps à une infection endommage ses propres organes et tissus.

Larry a été emmené d'urgence à l'Unité de soins intensifs tandis que sa famille attendait impatiemment des nouvelles de son état et souhaitait ardemment une amélioration. Mais malheureusement, son état ne faisait qu'empirer, pratiquement de minute en minute, et plusieurs organes de Larry sont tombés en défaillance.

DÉFAILLANCE

Quand les reins de Larry ont commencé à mal fonctionner, on a informé la famille qu'il devrait être transporté à l'Hôpital régional de Saint John pour y subir de la dialyse, mais qu'il fallait d'abord stabiliser sa tension artérielle et sa respiration.

« À certains moments, il était tellement instable que le simple fait de le replacer dans son lit faisait chuter ses niveaux d'oxygène et fluctuer sa tension artérielle », a expliqué Christa.

L'état de Larry ne s'améliorant pas du tout, l'équipe médicale a décidé de le transférer d'urgence à Saint John. Quand Christa repense à ce moment, les larmes lui viennent aux yeux. « J'avais peur qu'il ne se réveille plus. »

La famille s'est dépêchée de retourner dans la chambre de Larry pour le voir avant qu'il ne soit déplacé vers l'ambulance. En raison de la précarité de l'état du patient, les employés ont fait une faveur à Christa et à Troy et leur ont permis de venir au garage d'ambulance pour voir leur père…peut-être pour la dernière fois. De nombreux professionnels de la santé de diverses spécialités s'affairaient à stabiliser l'état de leur père.

« Les employés couraient », se rappelle Christa. « Il y avait quelques thérapeutes respiratoires, quelques infirmières et des ambulanciers qui se tenaient dans le garage d'ambulance en se disant que le pire n'allait pas arriver. »

À ce moment, Larry a reçu un diagnostic de syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA), une maladie à progression rapide qui touche les patients gravement malades. Elle peut entraîner un dépôt de liquide sur les poumons et rendre la respiration pratiquement impossible.

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PRISE EN CHARGE

La liste d'employés et de médecins pour lesquels Christa est reconnaissante est longue, mais elle se rappelle d'une thérapeute respiratoire qui a pris la situation en charge avant qu'elle ne dégénère.

« Sabrina a vraiment pris la situation en main », explique Christa. « Elle est demeurée très calme et très professionnelle, et elle savait exactement ce qu'elle devait faire. L'équipe a été en mesure de stabiliser l'état de mon père pour pouvoir effectuer son transfert. J'avais très peur pendant que j'assistais à la scène. »

Sabrina, c'est Sabrina Tung-Shun, une collègue de Christa. Elle a commencé sa carrière en 2007 comme thérapeute respiratoire autorisée à l'HRDEC. C'est elle qui s'est occupé de la gestion des voies respiratoires de Larry et de sa ventilation durant le transfert par ambulance vers Saint John.

« Quand les choses se mettent à mal aller, si je peux rester calme et garder mon sang-froid, ça m'aide à mieux réfléchir et à rendre la situation un peu plus facile pour tout le monde », explique-t-elle. « Quand tous les membres d'une équipe gardent leur calme individuellement, ça contribue au bon déroulement de la situation en général. »

Après le départ de l'ambulance, les membres de la famille, rongés par l'inquiétude, ont eux aussi pris la route pour Saint John. À leur arrivée, le médecin leur a calmement précisé dans quel état Larry se trouvait et leur a expliqué qu'il devait absolument subir une dialyse.

Même si elle est une infirmière chevronnée, Christa devient émotive quand elle se remémore le moment où Larry a subi la dialyse. L'infirmière qui s'est chargée d'entreprendre le processus a fait du temps supplémentaire ce soir-là et est restée auprès de Larry jusqu'à ce qu'elle soit convaincue qu'il était stable.

« C'est là qu'on se rend compte que le personnel soignant fait souvent du temps supplémentaire. Ils ont été nombreux à en faire ce soir-là. Ils sont restés auprès de mon père pour lui sauver la vie plutôt que d'être auprès de leur propre famille », souligne Christa.

À LA RECHERCHE DE LUEURS D'ESPOIR

Les jours qui ont suivi ont paru interminables pour Christa et sa famille, qui cherchaient des signes d'amélioration. Leur plus grand souhait, c'était qu'il passe au travers. Peu après le réveil de Larry, Christa a aperçu une infirmière qui chantait pour son père et le taquinait, et ce dernier qui lui rendait la pareille.

« En le voyant aller, nous nous sommes dit que mon père était de retour et que tout irait bien », se rappelle-t-elle.

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UNE NOUVELLE FAÇON DE VOIR LES CHOSES

Une situation dramatique comme celle-ci peut changer la vie de toutes les personnes qui la vivent, y compris le patient et sa famille. Pour Christa, l'expérience lui a apporté une nouvelle façon de voir sa propre démarche infirmière et lui a permis de mieux comprendre ce que vivent les membres de la famille des patients qui sont gravement malades. Elle a appris à être plus patiente et est maintenant consciente de l'importance de ses interactions avec le patient et la famille.

« Nous oublions souvent que pour la plupart des gens, c'est la première fois qu'ils se retrouvent dans une situation de soins de santé si grave », explique Christa. « Certains d'entre eux traversent peut-être les pires moments de leur vie devant nos yeux. »

« Comme membres du personnel soignant, nous devons nous assurer que chaque interaction avec nos patients et les membres de leur famille est aussi positive que possible. Nous devons leur montrer que nous sommes prêts à prendre le temps de nous asseoir avec eux, de leur parler, de les écouter et de leur tenir la main. Ce sont les petits détails qui valent le plus. »

Christa retient ses larmes en repensant aux nombreux moments où on a témoigné de la compassion à sa famille. Elle se souvient notamment de l'employée des Services environnementaux à l'HRDEC qui a trouvé des oreillers et des couvertures supplémentaires pour la famille et a gentiment nettoyé la chambre de Larry. Elle se souvient aussi de la commis de l'Unité de soins intensifs qui a veillé à rassurer Christa et sa famille, qui étaient dans tous leurs états. Et il y avait cette infirmière immatriculée, Christine McMaster, qui a accepté de faire du temps supplémentaire, loin de sa propre famille, pour rester auprès des Somerville.

Larry Somerville ne conserve pas beaucoup de souvenirs de ces jours critiques. Christa confirme qu'il s'est bien rétabli à la maison auprès de son épouse, Judy, une infirmière immatriculée à la retraite qui garde un œil attentif sur lui. Ancien propriétaire du magasin Atlantic Fire and Safety et grand amateur de plein air, Larry reprend peu à peu ses nombreuses activités communautaires et sociales…et ses travaux dans la cour. Il a récemment insisté pour utiliser sa souffleuse pour déneiger son entrée de cour après l'une des nombreuses tempêtes à s'être abattues sur la région de Fredericton.

Les détails dont Larry ne peut se souvenir, Christa, elle, ne les oubliera jamais. Elle sera à jamais reconnaissante de la gentillesse et de la compassion que les membres du personnel ont témoignées à sa famille et du temps qu'ils ont pris pour les accompagner. Elle avoue avoir maintenant une meilleure compréhension des besoins des patients et des familles qu'elle côtoie.

« Nous devons tous, et je dis bien tous - que nous soyons thérapeutes respiratoires ou médecins - passer beaucoup plus de temps au chevet des familles et patients que derrière un écran. »

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