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UNE LEÇON DE COURAGE

Quand Barry et Mary-Lynne Girvan, des résidents de Moncton, ont pris la route pour une excursion d'un jour à Wolfville, en Nouvelle-Écosse, au mois de juin dernier, ils ne s'attendaient pas ce qu'un appel de la GRC viennent troubler leurs plans.Leur fille, Grace, avait fait un grave accident de voiture et était inconsciente.Presque rendus à destination, ils ont rebroussé chemin pour se rendre illico à L'Hôpital de Moncton du Réseau de santé Horizon, priant pour que leur fille soit encore en vie à leur arrivée.

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Mary-Lynne et Barry Girvan vivent à Indian Mountain, près de Moncton, où ils ont élevé Grace, leur fille unique. Après le départ de Grace, partie poursuivre des études universitaires à Halifax, ils se sont ajustés à leur nouvelle réalité, celle du nid vide.

Des petits voyages les ont aidés à mieux faire la transition. Le samedi 29 juin 2019, ils avaient prévu se rendre à Wolfville, en Nouvelle-Écosse, afin de visiter un vignoble avec deux autres couples d'amis.

Grace, étudiante en anglais et en écriture créative à l'Université de King's College, était de retour à la maison. La jeune femme, qui aspire à une carrière d'enseignante, avait quelques courses à faire et allait ensuite passer chercher son amie au terminus d'autobus.

LA JEUNE GRACE

Mary-Lynne décrit sa fille comme drôle, bruyante et sportive. Grace a joué au volleyball au secondaire, mais après plusieurs luxations de l'épaule, elle a été forcée de songer à d'autres activités. Elle a alors découvert qu'elle aimait beaucoup passer du temps dehors.

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Elle recevait beaucoup d'offres d'emploi d'été, mais son amour du plein air l'a menée à travailler pour une entreprise d'aménagement paysager. Barry la déposait au travail à 7 h, et elle travaillait jusqu'à 17 h à tondre des pelouses et à déplacer de la terre. Elle travaillait dur, mais elle adorait ça.

Barry et Mary-Lynne ont quitté la maison tôt le matin du 29 juin. À 10 h, ils étaient presque rendus à Wolfville quand Mary-Lynne a reçu un appel de sa fille sur son cellulaire. Grace se demandait si sa mère avait donné à manger à leur chien avant de partir. La mère et la fille ont échangé quelques plaisanteries avant de raccrocher.

« IL FAUT AIDER CETTE PERSONNE! »

Par la suite, Grace est partie au volant de la camionnette Ford Ranger 2002 de son père en direction de Moncton, un trajet d'une vingtaine de minutes. Elle descendait le chemin Gorge, que le dégel avait transformé en véritable champ de patates, lorsqu'elle a vraisemblablement été surprise par l'une des bosses.

Elle aurait tenté une manœuvre pour ramener le véhicule sur le droit chemin, mais ce faisant, elle aurait touché au gravier sur l'accotement, ce qui l'aurait fait déraper et fait faire trois tonneaux avant d'atterrir sur les roues.

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Un dénommé David et sa fiancée approchaient en sens inverse lorsqu'ils ont vu le nuage de poussière et de gravier causé par la camionnette.

Un autre conducteur s'était aussi arrêté, craignant ce qu'il allait trouver dans le véhicule. David n'a pas perdu une minute et s'est aussitôt dirigé vers la camionnette.

« Nous devons aider cette personne, peu importe qui c'est », lui a lancé David.

Lorsqu'ils se sont approchés du véhicule, ils y ont découvert une jeune femme grièvement blessée. Ils ont alors forcé la portière du côté passager et ont débouclé sa ceinture de sécurité. David a tenu Grace jusqu'à l'arrivée des ambulanciers pour s'assurer qu'elle pouvait respirer.

Dans le trajet en ambulance qui l'a conduite à L'Hôpital de Moncton du Réseau de santé Horizon, Grace était au seuil de la mort.

APPELS MANQUÉS

Pendant ce temps, en banlieue de Wolfville, les Girvan et leurs amis se réjouissaient à l'avance de la belle journée qui les attendait au vignoble. Mary-Lynne a alors remarqué deux appels manqués et un message vocal sur son téléphone. Elle se demandait qui pouvait bien tenter de la joindre. Elle a écouté le message.

« Mary-Lynne, ici le gendarme Underhill », a dit une voix inconnue. « Je vous prie de me rappeler. »

Mary-Lynne a pris son courage à deux mains et a rappelé, se préparant mentalement à recevoir de mauvaises nouvelles.

« Votre fille a eu un accident », a expliqué le gendarme. « Elle est inconsciente. »

Ses pires craintes maintenant confirmées, Mary-Lynne a transmis la nouvelle à Barry en lui demandant d'appeler à l'hôpital tout de suite.

Le couple a immédiatement repris la route en direction de Moncton. Le trajet était long et angoissant. Mary-Lynne se sentait impuissante; tout ce qu'elle pouvait faire, c'était d'attendre et d'essayer de transmettre son amour de mère à son enfant chérie.

« Dans ma tête, je n'arrêtais pas de dire à Grace : "S'il te plaît, reste avec nous. Ton heure n'est pas arrivée. Reste avec nous." »

Quand Barry a téléphoné à l'hôpital, on lui a confirmé que Grace s'y trouvait bel et bien et que l'équipe de soins faisait tout en son possible. Les parents inquiets ont attendu une heure et demie avant d'avoir un autre compte rendu.

Le téléphone de Barry a enfin sonné. Les nouvelles n'étaient pas prometteuses. Grace avait subi un grave traumatisme crânien, des fractures au cou et aux côtes ainsi qu'un affaissement d'un poumon.

CHANCES DE SURVIE DE 50 %

Dévasté, Barry a alors demandé quelles étaient ses chances de survie.

« Monsieur Girvan, ses chances de survie sont de 50 %, tout au plus », lui a-t-on répondu. « Êtes-vous bien loin de l'hôpital? »

Barry et Mary-Lynne savaient que plusieurs minutes les séparaient du chevet de Grace. Ils se sont mis à se demander s'ils reverraient leur fille en vie.

À leur arrivée à l'hôpital, les Girvan se sont précipités au service d'urgence où les urgentologues s'affairaient toujours à sauver la vie de Grace. Peu de temps après, elle a été conduite illico à l'étage pour lui faire passer une tomodensitométrie afin de déterminer la gravité de ses blessures. Le couple a attendu dans une salle de recueillement avec d'autres membres de la famille pendant que Grace était admise aux soins intensifs.

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Le Dr Charbel Fawaz, neurochirurgien, leur a expliqué que les lésions cérébrales de Grace étaient diffuses et qu'elles touchaient les deux hémisphères du cerveau. En d'autres mots, les blessures étaient si répandues qu'il n'y avait aucun endroit précis où faire une opération.

« Elle est jeune, et bien entendu, nous allons faire tout en notre pouvoir pour la sauver », a ajouté le Dr Fawaz pour rassurer ses parents inquiets. « Étant donné la nature et l'étendue de ses blessures, nous craignons pour sa vie. Les 48 à 72 prochaines heures seront critiques. »

Allait-elle s'en sortir? Allait-elle être la même jeune femme exubérante et amusante à qui sa mère avait parlé le matin même?

« JE VAIS REPRENDRE LÀ OÙ J'AI LAISSÉ »

Grace, plongée dans un coma artificiel, était entourée de membres de sa famille en tout temps. Ils lui parlaient. Ils attendaient. Ils priaient.

Au bout des 72 heures critiques, le Dr Fawaz a ordonné une autre tomodensitométrie. Les progrès constatés étaient encourageants.

« Après quelques jours aux soins intensifs, Grace a pu être débranchée du respirateur artificiel, ce qui constitue toujours la première étape », explique le Dr Fawaz. « Ensuite, on peut entrer en contact avec le patient, on commence à interagir et on entre dans la phase d'éveil. »

Le stade critique derrière elle, Grace a entrepris son retour à la vie normale avec l'aide d'une équipe spécialisée.

« En réadaptation, on aime dire que la plupart des médecins ajoutent des années à la vie des patients, mais que nous, nous ajoutons de la vie à ces années », explique le Dr Jeff Pike, physiatre et directeur médical du programme de réadaptation neurologique de L'Hôpital de Moncton.

Il a effectué des tests cognitifs avec Grace et lui a demandé de parler d'elle. Grace a été capable de lui donner son âge, de lui dire qu'elle allait à l'université et de nommer les matières qu'elle y étudiait. C'était bon signe; le Dr Pike l'a alors transférée en réadaptation.

Grace a dû réapprendre à se tenir debout, à marcher avec de l'aide, puis à marcher toute seule. Elle a aussi dû réapprendre à parler, à lire et à écrire. Petit à petit, son état s'est continuellement amélioré.

Mary-Lynne se souvient des propos de sa fille : « Je vais reprendre là où j'ai laissé. Je vais redevenir la même fille qu'avant. »

CLUB DE LECTURE

Réapprendre à lire et à écrire pesait lourd sur les épaules de Grace, pourtant habituée aux tâches ardues en aménagement paysager.

Elle s'est mise à travailler avec une orthophoniste, Montgomery Boone. Les deux jeunes femmes, qui ont à peu près le même âge, ont développé une belle complicité. Montgomery décrit Grace comme une personne brillante, déterminée, engagée et optimiste dotée d'un excellent sens de l'humour.

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« Elle me fait pouffer de rire quelques fois par séance », ajoute l'orthophoniste. « Grace est active et a beaucoup de talents et d'intérêts. »

Trois semaines après l'accident, le duo avait pour mission de surmonter l'aphasie de Grace. Causée par des lésions cérébrales, l'aphasie est un trouble qui empêche une personne de bien comprendre ce que les autres disent, lisent ou écrivent.

Elles se sont créé un club de lecture où elles lisent un chapitre d'un roman, puis se rencontrent pour en discuter. L'objectif de Montgomery, c'est que Grace soit capable de lire et d'écrire à un niveau universitaire et qu'elle puisse reprendre ses cours en septembre 2020.

L'apprentissage de Grace se passe très bien et le processus lui a permis de mettre le doigt sur ce qu'elle veut vraiment faire dans la vie.

« Devoir réapprendre à lire et à écrire a complètement changé la manière dont je veux enseigner », confie-t-elle. « Maintenant, je veux travailler auprès des enfants qui ont de la difficulté à apprendre à lire et à écrire et me fonder sur mon expérience pour les aider. »

L'accident et la période de convalescence qui a suivi ont eu d'autres répercussions inattendues. Mary-Lynne et Grace sont toutes deux d'avis qu'elles sont plus proches que jamais et que Grace n'a jamais été aussi optimiste.

« J'ai eu la chance de passer plus de temps avec ma famille sans me soucier de mes travaux universitaires », explique Grace. « J'ai pu visiter des amis et profiter des petites choses de la vie. Ça m'aide énormément de savoir que j'ai réussi à me remettre de ce qui m'est arrivé et que cette expérience me sera utile pour atteindre mes objectifs et poursuivre ma vie comme je l'avais imaginé. »

IL NE FAUT PAS ABANDONNER

Grace est reconnaissante de pouvoir lire, marcher et parler. Elle ne s'est jamais apitoyée sur son sort et n'a pas fondu en larmes. Elle s'est plutôt demandé ce qu'elle pouvait faire pour réussir.

Selon elle, c'est l'attitude à adopter pour quiconque se trouve en réadaptation après un traumatisme.

« Il ne faut pas abandonner », suggère Grace. « Il faut avoir confiance dans les petites choses qu'on arrive à faire chaque jour jusqu'à ce qu'on remarque des progrès, puis se nourrir de ces progrès. »

Le Dr Fawaz décrit le rétablissement de Grace comme une véritable histoire de réussite, où tout ce qui pouvait bien aller s'est bien passé. Il attribue cette réussite à son attitude formidable et à sa grande détermination.

Le Dr Pike abonde dans le même sens, soulignant que généralement, 80 % du rétablissement se produit tôt après le traumatisme et la dernière tranche de 20 % s'étale sur deux à cinq ans. Il a confiance que Grace a ce qu'il faut pour y arriver au vu de sa démarche enthousiaste et coopérative à l'égard de la réadaptation.

« Elle a fait tout ce qu'il fallait pour s'éviter les difficultés que nous voyons souvent chez les patients ayant subi des lésions cérébrales », explique-t-il. « Elle est pleine de belles qualités qui la mèneront loin. »

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Quant à Montgomery, elle est impressionnée des progrès de Grace et est également convaincue que l'attitude positive de cette dernière a joué en sa faveur.

« J'étais vraiment été surprise et excitée de constater la rapidité avec laquelle elle progressait », souligne-t-elle. « Ce ne sont pas tous les patients qui se rétablissent aussi rapidement que Grace. Je sais que ça n'a pas toujours été facile pour elle. Son cas est exemplaire et elle nous a servi une belle leçon de courage. »

Sa famille et ses amis lui font souvent remarquer qu'il est difficile de croire qu'elle a subi un tel traumatisme. Bon nombre d'entre eux étaient à son chevet durant cette épreuve. Grace attribue le mérite de son rétablissement à la présence de ses proches et aux bons soins qu'elle a reçus à L'Hôpital de Moncton.

« Les membres du personnel soignant étaient tellement gentils et bons pour moi », fait-elle remarquer. « Il y avait toujours une infirmière qui était là pour me parler, me faire rire ou me faire sentir que je n'étais pas seule. »

Même si elle continue de faire des progrès, Grace hésite quand on lui demande si cette expérience l'a transformée. Elle est reconnaissante du chemin incroyable qu'elle a parcouru depuis juin et est très contente d'être de nouveau la Grace que ses proches connaissent.

« Je me sens de nouveau comme avant », conclut-elle.


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