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LES PLUS BEAUX DES CADEAUX

Entre pertes de conscience et retours à la réalité, une mère porteuse a pu compter sur les regards rassurants de son équipe de soignants pour trouver la force de persévérer malgré la douleur. Après avoir donné naissance à des jumeaux à l'Hôpital régional Dr Everett Chalmers (HRDEC) du Réseau de santé Horizon, à Fredericton, elle a dû être hospitalisée d'urgence aux soins intensifs.Son artère utérine s'était rompue et sa vie était en danger. En ce jour de février 2016, une équipe de professionnels de la santé a travaillé sans relâche pour stopper l'hémorragie.

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D'aussi loin qu'elle se souvienne, Ann Marie Babineau a toujours voulu être mère porteuse. Le fait d'avoir grandi dans une famille de cinq enfants à Minto, au Nouveau-Brunswick, avait sûrement contribué à son amour des enfants et de la famille.

Après avoir épousé son mari, Tom Meadus, et avoir donné naissance à leurs deux filles, Ann Marie savait que leur famille était terminée. Sauf que son cœur en voulait davantage. La femme de 38 ans avait l'impression que le moment était venu pour elle de réaliser son rêve.

Ses enfants n'étant rien de moins que le centre de son univers, Ann Marie ne pouvait s'imaginer la détresse vécue par les couples aux prises avec des problèmes de fertilité. Pour elle, offrir la chance d'être parents à un autre couple semblait tout indiqué.

LES PREMIERS PAS

Ann Marie et Tom ont fait leur part de recherche, pesant le pour et le contre. Puisqu'elle occupait un poste civil de bureau avec la GRC, elle se disait qu'elle pourrait bien vivre une autre grossesse. En avril 2015, elle a communiqué avec un organisme qui jumelle de futurs parents avec des mères porteuses.

Après de longues discussions avec les futurs parents, leur avocat en fertilité et le sien, elle a finalement signé les documents requis. En juillet, les médecins d'un hôpital de Toronto ont transféré deux embryons plutôt qu'un dans l'utérus d'Ann Marie afin d'augmenter les chances de réussite. Peu après être rentrée à la maison, elle a appris que les deux embryons implantés se développaient. L'intervention avait bien fonctionné, à la grande joie d'Ann Marie et de Tom. Ce dernier aimait plaisanter et dire que sa femme était allée à Toronto et en était revenue enceinte, laissant Ann Marie expliquer leur situation.

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UNE GROSSESSE BIEN SURVEILLÉE

Consciente qu'elle portait les enfants d'autrui, Ann Marie faisait attention à son alimentation et à ses activités.

« C'est comme garder l'enfant de son frère ou de sa sœur », compare-t-elle. « Quand c'est l'enfant d'une autre personne, on fait doublement attention à tout ce qu'on fait. »

Décembre arrivé, l'équipe médicale d'Ann Marie a commencé à s'inquiéter du fait qu'elle pourrait accoucher prématurément.

Ses médecins l'ont mise en arrêt de travail. La situation ne s'étant pas améliorée un mois plus tard, les médecins ont décidé de l'aliter à l'hôpital. Ann Marie a donc passé plusieurs semaines à l'hôpital, mais a reçu son congé quelque temps avant d'accoucher.

ACCOUCHEMENT IMMINENT

Ann Marie était seule à la maison lorsqu'elle a perdu ses eaux. En cet après-midi du 18 février 2016, il faisait un froid de canard. Les bancs de neige n'étaient pas encore bien hauts et les routes étaient dégagées. Toutes les parties concernées ont pris la route de l'hôpital.

Le travail a commencé sans incident, puis vers 4 h du matin le lendemain, une petite fille est née.

Les futurs parents étaient auprès d'Ann Marie pour leur offrir leur soutien et ont pu couper le cordon ombilical de la petite. « Ils pleuraient tellement que j'avais peur qu'ils ne puissent pas couper le cordon », se rappelle-t-elle. Pendant ce temps, Tom était à la maison avec ses filles et planifiait retrouver Ann Marie plus tard dans la journée.

DES COMPLICATIONS AVEC LE PETIT GARÇON

Si seulement la naissance du deuxième enfant avait été si simple. Ce dernier se présentait par le bras et le cordon ombilical était entortillé autour de son petit poing fermé. Les médecins ont essayé pendant plusieurs minutes de le sortir de son pétrin, mais ont dû se résoudre à ordonner une césarienne. Ann Marie a été transportée à la salle d'opération, et 40 minutes plus tard, un petit garçon est né. Les deux bébés avaient des poids santé et paraissaient en bonne forme, mais les infirmières ont décidé de les envoyer à l'Unité de soins néonatals intensifs, juste au cas.

La salle s'est vite remplie de joie : les futurs parents étaient maintenant parents de jumeaux, les tenant dans leurs bras pour la première fois.

« Ils étaient au septième ciel », se rappelle Ann Marie. « Ils étaient tellement heureux et tellement reconnaissants. Mon mari est même arrivé avec du café Starbucks pour tout le monde. »

Elle voulait être tout aussi excitée, mais quelque chose l'en empêchait.

« Je me rappelle m'être dit qu'au lieu de prendre du mieux, j'avais l'impression de dépérir », explique-t-elle. « Je n'étais pas consciente de la gravité de la situation.

« NOUS AVONS BESOIN DE SANG MAINTENANT! »

Ann Marie perdait rapidement de son sang. Tout a déboulé très vite, comme si quelqu'un avait appuyé sur le bouton de défilement rapide d'une télécommande. On a apporté des couvertures dans la salle de réveil, puis le Dr Richard Chisholm, anesthésiologiste, est arrivé. Entre deux pertes de conscience, Ann Marie se rappelle avoir vu les nouveaux parents et un autre patient se faire escorter à l'extérieur de la salle de réveil. Des sacs de perfusion étaient suspendus à des supports pour intraveineuse, comme des chandeliers. Ann Marie se souvient de la voix autoritaire du Dr Chisholm : « Quand je dis que j'ai besoin de sang maintenant, c'est MAINTENANT! »

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C'est à ce moment qu'elle a compris que la situation était grave. Néanmoins, elle a senti qu'elle était entre bonnes mains.

« Je n'oublierai jamais la voix du Dr Chisholm et le sentiment que j'ai eu comme quoi il avait la situation en main », explique Ann Marie. « Je me rappelle qu'il lançait des ordres, qu'il avait de l'assurance et que les membres de l'équipe lui obéissaient. »

Le Dr Chisholm, de son côté, a peine à croire qu'Ann Marie se souvient de quoi que ce soit. En 30 ans de carrière, il n'a pas souvent vu de patients aussi malades qu'elle.

CHOC DE STADE 4

« Quand je l'ai vue, elle était en état de choc circulatoire de niveau 4 en raison de la perte de sang », se remémore le Dr Chisholm. « J'ai commencé les manœuvres de réanimation, puis j'ai pris la décision de l'envoyer aux soins intensifs. »

Le Dr Steve Arnason, un radiologiste vasculaire et interventionnel, a reçu le mandat de stopper l'hémorragie. La Dre Samantha Collins était à ses côtés pour l'aider pendant qu'Ann Marie endurait la douleur et l'inconfort associés au fait d'être allongée parfaitement immobile sur une table froide pendant que le chirurgien scellait son artère utérine rompue.

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« Si le Dr Arnason n'avait pas été là, je suis convaincue que je ne serais pas ici aujourd'hui », confie Ann Marie, qui refoule quelques larmes en repensant aux regards inquiets sur le visage de son mari et de sa sœur qui l'attendaient dans le couloir à sa sortie de la salle d'opération.

SI JAMAIS JE MEURS

« Je me rappelle m'être dit que si jamais je ne survivais pas, ce serait eux qui s'occuperaient de mes enfants et que je ne pourrais rien y faire », avoue-t-elle.

Le Dr Chisholm, qui a transfusé sept sacs de sang dans le corps d'Ann Marie, a eu des pensées semblables pendant qu'il essayait de lui sauver la vie, sachant qu'elle avait deux jeunes enfants à la maison.

« Je me suis dit : "Mon Dieu, si jamais elle meurt, ces enfants n'auront plus leur maman." Cette pensée a occupé mon esprit tout au long du processus. »

Hospitalisée pendant une semaine aux soins intensifs sous l'œil vigilant du Dr Zeeshan Aslam, Ann Marie s'est demandé si elle était enfin sortie du bois.

Malheureusement, non. Prise d'enflures attribuables à la chirurgie et aux fluctuations hormonales, Ann Marie ressemblait au Bonhomme Pillsbury. Elle a eu du mal à enfiler des pantoufles pendant des semaines durant son rétablissement. La douleur et l'inconfort ont marqué cette période qu'elle compte parmi les jours les plus sombres de sa vie. Comme si ce n'était pas suffisant, les médecins ont soupçonné qu'elle avait été exposée à la bactérie C. difficile et l'ont placée en isolation. Elle s'est alors demandé ce qu'elle avait bien pu faire pour que le sort s'acharne autant sur elle.

RETOUR À LA MAISON

Ann Marie a obtenu son congé de l'hôpital en mars. Elle se déplaçait alors à l'aide d'une marchette. En avril, elle s'est sentie assez en forme pour assister au championnat provincial de curling, mais pendant qu'elle s'y trouvait, elle a commencé à avoir des douleurs intenses à la poitrine. Une amie l'a conduite à l'hôpital, où une échographie a permis de diagnostiquer un problème avec sa vésicule biliaire. Il fallait la lui enlever. Après la chirurgie et un court séjour à l'HRDEC, elle a pu rentrer à la maison.

Ce n'est pas tout. Elle a dû être hospitalisée de nouveau en mai pour subir une dilatation-curetage. Durant son séjour, les médecins ont découvert une autre complication. Ann Marie avait une cardiomyopathie, un groupe de maladies qui affectent le cœur. C'est ce qui expliquait son essoufflement, sa fatigue et l'enflure à ses jambes. Le traitement médicamenteux qu'elle a reçu lui a permis de guérir complètement, mais ce n'est que vers la fin de 2016 qu'elle s'est vraiment sentie mieux.

AUCUN REGRET

Des amies lui ont demandé si elle regrettait d'avoir été mère porteuse, mais Ann Marie refuse de voir les choses de cette façon. Pour elle, ce qui compte, c'est la bonté derrière son geste.

« Le but n'était pas d'avoir des enfants, mais bien de permettre à ce couple d'avoir des enfants », explique-t-elle, en précisant que les chances que toutes ces mésaventures se produisent l'une après l'autre étaient minimes.

Ann Marie et sa famille côtoient régulièrement les enfants qu'elle a portés et leurs parents. Les jumeaux sont maintenant âgés de trois ans et demi. La fillette a une personnalité calme tandis que son frère est une boule d'énergie. « Tout comme quand ils étaient dans mon ventre », se rappelle Ann Marie.

Si elle voudrait porter d'autres enfants pour aider d'autres parents aux prises avec des problèmes de fertilité, ses proches et l'équipe de professionnels de la santé qui lui ont sauvé la vie lui ont donné un « non » catégorique.

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La vie d'Ann Marie est beaucoup plus calme maintenant. Cette expérience lui aura enseigné une grande leçon.

« Je me suis rendu compte que je ne devais pas avoir peur de demander de l'aide quand j'en ai besoin », explique-t-elle. « Il n'est pas non plus nécessaire que tout soit parfait dans la vie. Il faut juste profiter du temps qui nous est donné. »

Si Ann Marie pouvait changer quoi que ce soit, tout ce qu'elle voudrait, ce serait de remercier chacune des personnes qui a contribué à lui sauver la vie d'avoir fait tout en son possible. Elle fait de son mieux pour témoigner sa gratitude. Tous les ans, le jour de l'anniversaire de naissance des jumeaux, elle écrit des mots de remerciement au personnel de l'Unité de soins intensifs, de l'Unité de maternité, à l'équipe du Service d'obstétrique ainsi qu'aux Drs Arnason et Chisholm.

Ce dernier a le motton quand il pense à la jeune mère qui était devant lui, au seuil de la mort, mais il se réjouit quand il est mention des cartes de remerciement annuelles.

« Quand elle m'a remis la première carte, un an après les faits, je lui ai demandé ce qu'elle faisait là. Cette année, elle m'a envoyé une carte contenant une photo de ses propres enfants », souligne le Dr Chisholm. « Je l'ai croisée quelques fois à l'hôpital depuis et nous avons eu la chance de discuter un peu. »

Il se considère très chanceux d'avoir eu un rôle à jouer dans la guérison d'Ann Marie et d'avoir pu l'aider à continuer à mener une vie active avec sa famille.

« Je suis vraiment heureux de la tournure des événements. Tout est bien qui finit bien. »

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