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LE DROIT DE PLEURER

Rhonda Peterson avait un mode de vie très actif et sain. Cette femme de 62 ans aimait beaucoup nager dans le lac près de sa maison à Rothesay durant l'été et dans la piscine du YMCA l'hiver. Elle avait une saine alimentation et faisait tout ce qu'il fallait pour être en bonne santé. Elle a donc été consternée d'apprendre qu'elle était en train de faire une grave crise cardiaque.

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Ayant le sourire facile et un rire joyeux émanant du plus profond de son cœur, Rhonda Peterson est une femme qui profite de la vie et qui s'ouvre aux gens qui ont la chance de la côtoyer.

Elle et son mari David travaillent au YMCA pour aider la communauté de réfugiés de Saint John. Rhonda est enseignante suppléante, et David est « le gars sur le terrain » qui travaille étroitement avec les réfugiés durant les six premières semaines dans leur nouveau pays. Il n'est pas rare pour David et Rhonda d'accueillir chez eux à Rothesay une douzaine de nouveaux arrivants à la fois pour un repas.

En septembre 2018, Rhonda a commencé à donner un cours d'alphabétisation au YMCA. Après avoir enseigné le matin, elle rentrait à la maison pour le dîner et faisait ensuite une petite sieste. Elle avait pris l'habitude des siestes l'après-midi lorsque ses enfants étaient petits, mais les petites siestes sont devenues de plus en plus longues.

L'automne terminé et l'hiver venu, Rhonda a remarqué qu'elle n'était pas aussi active que d'habitude.

En mars, au cours d'une visite chez leur fils et sa famille au Québec, la fatigue de Rhonda s'est aggravée. Désespérée qu'une de ses siestes de l'après-midi ait duré quatre heures, elle s'est dit : « Bon sang, Rhonda... secoue-toi! Tu es ici pour rendre visite à tes enfants et à tes petits-enfants. Ne passe pas toute la semaine à dormir. »

PREMIERS SIGNES D'INCONFORT

Le jeudi soir, de retour de voyage, Rhonda a éprouvé dans le milieu du sternum un malaise qui diminuait quand elle s'allongeait, mais qui augmentait dès qu'elle se levait. La douleur a disparu de nouveau lorsqu'elle est allée se coucher pour la nuit.

Le vendredi, elle a élaboré un plan de cours à partir de son bureau à domicile. Après le déjeuner, une sensation inhabituelle d'indigestion s'est développée dans sa poitrine. Elle prenait des médicaments pour un problème d'œsophage, mais cette douleur était différente.

Rhonda et David ont ensuite consacré leur samedi à la préparation de l'accueil d'une famille somalienne de 10 personnes. Elle avait travaillé pendant un an pour que quatre des enfants puissent retrouver leurs parents et leurs frères et sœurs à Saint John. Ils allaient organiser un repas de célébration pour leurs retrouvailles. Durant la journée, pendant qu'elle préparait le repas, Rhonda était fébrile et a réussi à chasser de son esprit toute pensée comme quoi une éventuelle maladie s'infiltrait dans son corps... mais pas pour longtemps.

DIFFÉRENTS SYMPTÔMES

Lorsque l'inconfort est réapparu, elle a cru qu'un changement de soutien-gorge l'aiderait. Elle a changé de soutien-gorge trois fois, en vain. Elle a décidé d'endurer le mal et de profiter de la soirée. Elle comprend maintenant que ces symptômes s'accumulaient et qu'ils laissaient présager des problèmes, mais puisque les signes de crise cardiaque chez les femmes en général sont très variés, elle ne s'est doutée de rien.

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Le Dr David Bewick, cardiologue au Centre cardiaque du Nouveau-Brunswick du Réseau de santé Horizon, à Saint John, confirme que les signes chez les femmes varient d'une femme à l'autre et qu'ils diffèrent aussi de ceux des hommes.

« La fatigue extrême, la léthargie, les nausées, les étourdissements, les palpitations et l'accélération du rythme cardiaque sont certains des symptômes qu'on peut trouver chez les femmes », explique-t-il. « Les femmes peuvent aussi ressentir dans les jours précédents un malaise généralisé ou un malaise de plusieurs jours. »

En raison de ces symptômes plus prolongés et moins prononcés, de nombreuses femmes ignorent la gravité de leur état et, souvent, ne consultent pas leur médecin immédiatement.

« Le message circule dans notre corps et nous ne savons pas ce qu'il nous dit », d'ajouter Rhonda.

Le dimanche, au réveil, Rhonda s'est sentie suffisamment bien pour reprendre ses activités habituelles. Ce n'est qu'en soirée, quand elle s'est assise pour regarder un film avec la famille de son fils qui habite tout près, qu'elle s'est rendu compte qu'elle ne pouvait plus faire fi de ses symptômes. La douleur s'était intensifiée et était demeurée bien présente durant les 20 dernières minutes du film.

Sa bru lui a suggéré d'aller à l'hôpital. Croyant que ses symptômes étaient de nouveau liés à l'indigestion, Rhonda est plutôt rentrée chez elle auprès de son mari qui avait attrapé un mauvais rhume. Il a insisté pour la conduire à l'hôpital, mais Rhonda s'est couchée avec un doute persistant et son téléphone portable.

« DIEU MERCI POUR GOOGLE »

« J'ai commencé à faire des recherches sur Google pour démystifier mes symptômes. Tout indiquait des problèmes de cœur, et, toujours incrédule, je me suis demandé si ça se pouvait vraiment. » Après s'être de nouveau allongée, elle a finalement été frappée par un symptôme classique d'une crise cardiaque : une douleur qui descendait dans son bras.

« Eh bien, peut-être que Google a raison », s'est exclamée Rhonda.

David l'a conduite à l'Hôpital régional de Saint John du Réseau de santé Horizon, et durant le court trajet, elle a éprouvé d'autres symptômes plus classiques comme des nausées et des engourdissements dans le cou. David l'a déposée à la porte, puis est allé garer la voiture. Rhonda est entrée au service d'urgence, et sans révéler ses symptômes au personnel de l'hôpital, elle a pris un numéro, le 118, et s'est assise dans la salle d'attente bondée. En attendant, elle a placé sa tête entre ses genoux pour éviter de vomir et pour soulager la douleur.

J'AI BESOIN D'AIDE

Quand David est revenu, elle lui a dit : « Tu devrais peut-être dire à l'infirmière de triage que je suis peut-être en train de… tu sais, j'ai besoin d'aide ». Elle n'arrivait pas à prononcer les mots « crise cardiaque ».

Une infirmière l'a examinée et l'a emmenée dans une autre pièce pour un électrocardiogramme (ECG). En moins de cinq minutes, le Dr Jaroslav Hubacek est apparu au-dessus du pied de son lit. Grand blond d'origine slovaque, le cardiologue interventionnel avait une allure sérieuse et une présence douce. Il était là pour lui annoncer ce qu'elle redoutait.

VOUS ÊTES EN TRAIN DE FAIRE UNE CRISE CARDIAQUE

« Vous êtes en train de faire une crise cardiaque », a-t-il dit. « Une crise cardiaque grave avec un blocage à 100 %. »

Rhonda a eu l'impression d'être au milieu d'un cauchemar dont elle voulait désespérément sortir. Son esprit s'est mis à penser à toutes les raisons pour lesquelles il était impossible qu'elle, elle soit en train de faire une crise cardiaque. « Je suis en bonne santé. Je mange bien. Je consulte mon médecin chaque année et je fais faire mes analyses sanguines. Ma tension artérielle et mon taux de cholestérol sont bons. »

Constatant la détresse de Rhonda, le médecin aimable et accessible lui a présenté ses options de traitement avec un mélange d'humour et de compassion.

UN CADEAU

La procédure d'insertion d'une endoprothèse était simple. À 1 h 30 du matin, Rhonda était de retour dans la salle de réveil, son mari à ses côtés. Soudain, l'énormité de ce qu'elle venait de vivre l'a frappée.

« J'ai fait une crise cardiaque! », a-t-elle dit en pleurant. Les émotions l'ont soudainement envahie. Quelques instants plus tard, le Dr Hubacek est entré dans la pièce avec un cadeau qui a aidé Rhonda à se rétablir.

Alors qu'il se tenait au pied de son lit, comme il l'avait fait à l'urgence, Rhonda lui a dit qu'elle ne pouvait pas arrêter de pleurer.

Il lui a rappelé qu'elle venait de vivre un traumatisme majeur et que ses émotions ne faisaient que rattraper cette réalité.

Il lui répondit gentiment : « C'est très bon que vous pleuriez, Rhonda. C'est la meilleure chose à faire en ce moment. »

« Je ne sais pas où je serais aujourd'hui si le Dr Hubacek ne m'avait pas dit ça », se rappelle Rhonda. « Me faire donner le droit de pleurer m'a énormément aidée dans mon cheminement, en plus d'aider David à comprendre que j'avais besoin de pleurer. »

Rhonda n'a passé que deux jours à l'hôpital, puis a été confiée aux soins du Dr Robert Stevenson, un autre cardiologue qui l'a informée que les dommages étaient minimes et qu'elle allait sûrement se remettre complètement.

« Après un certain temps, j'ai réussi à admettre que j'avais fait une crise cardiaque », dit-elle. « Je voulais m'engager sur la voie de la guérison aussi vite que possible. »

Et c'est ce qu'elle a fait. À la mi-juillet, quatre mois après sa crise cardiaque, Rhonda savait qu'elle avait franchi une nouvelle étape. Elle se sentait à nouveau comme elle-même et avait retrouvé son niveau d'énergie habituel.

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CONSEILS POUR LES FEMMES

Rhonda se rend compte qu'il est difficile pour les gens de croire qu'ils font une crise cardiaque. Elle conseille aux autres femmes qui éprouvent des symptômes similaires de ne pas attendre. « Allez à l'hôpital dès les premiers symptômes », dit-elle. « Ne vous assoyez pas avec votre numéro comme je l'ai fait. Dites au personnel que vous êtes peut-être en train de faire une crise cardiaque. »

Selon le Dr Bewick, les facteurs de risque de crise cardiaque sont l'hypertension, le diabète, le tabagisme, l'hypercholestérolémie, les antécédents familiaux et l'âge (65 ans et plus). La mère et certains oncles de Rhonda avaient fait des crises cardiaques, mais Rhonda ne présentait aucun autre facteur de risque traditionnel.

Le Dr Bewick a dit que si les personnes qui font régulièrement de l'exercice ressentent des douleurs ou des malaises dans la poitrine pendant qu'elles font une activité et qu'elles sont soulagées lorsqu'elles arrêtent, il s'agit de signaux d'alarme indiquant un besoin de soins médicaux rapides.

Rhonda a été profondément transformée par cette expérience traumatisante qui aurait pu coûter la vie.

Maintenant, ce qui compte pour elle, c'est d'être plus présente et de profiter davantage de la vie. Pour la première fois en 43 ans de mariage, elle a décidé de laisser de la vaisselle traîner dans l'évier pour aller jouer dans le lac avec ses petits-enfants.

Si son rétablissement se passe bien dans l'ensemble, Rhonda admet qu'il lui arrive de temps en temps d'avoir de mauvaises journées. Quand ce nuage gris passe, elle se remémore le cadeau que le Dr Hubacek lui a innocemment fait en cette nuit froide de mars : elle a le droit de pleurer.

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