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UN NOUVEAU REGARD SUR LA VIE

L'histoire d'un homme de Moncton qui a vaincu sa dépendance aux médicaments et aide maintenant d'autres personnes à faire de même

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Dans la nuit du 1er mars 2017, Sean Pauley est descendu d'un avion à l'aéroport international Stanfield d'Halifax, est monté dans sa camionnette Ford, s'est rendu dans le stationnement d'un Tim Hortons à proximité, puis s'est effondré en larmes. Il était en détresse.

Il n'arrivait pas à arrêter de trembler et de renifler. Chacun de ses os lui faisait mal, comme si son squelette essayait de s'échapper de son corps. Les dernières onces de force qu'il lui restait étaient parties.

« Je n'étais pas beau à voir », se remémore l'homme de 48 ans. « Je pensais que j'allais conduire jusqu'au pont MacKay et me jeter en bas. Je ne savais plus quoi faire. »

Ce résident de Riverview, au Nouveau-Brunswick, qui voyageait beaucoup dans le cadre de son travail de représentant des ventes pour des entreprises d'ameublement, avait développé une dépendance au Percocet, un analgésique opioïde contenant de l'acétaminophène et de l'oxycodone. Avant de prendre son vol à St. John's, ce jour-là, il a manqué de pilules et a dû se préparer à la torture du sevrage.

« C'était comme voir une tempête approcher, mais ne rien pouvoir faire pour l'éviter », compare-t-il.

Assis seul dans l'obscurité de son véhicule, Sean a téléphoné à sa femme, Shawnda, pour lui dire adieu.

« Elle ne s'est pas fâchée. Elle m'a seulement dit qu'elle m'aimait et m'a supplié de rentrer à la maison. »

Shawnda a réussi à convaincre Sean de prendre la route en direction du Nouveau-Brunswick. Après son arrivée à la maison, vers 1 h du matin, il a passé la majeure partie de la nuit éveillé, à se détester.

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LE DÉBUT DE LA FIN

Plus jeune, Sean n'avait pour ainsi dire aucun intérêt dans la drogue, mis à part quelques essais dans son adolescence, et il se tenait loin de l'alcool. Il a épousé Shawnda à 19 ans, puis ils ont eu deux fils. Il a travaillé fort pour bâtir sa carrière dans le domaine de l'ameublement. La vie était belle.

Mais en avril 2003, tout a basculé. Sean est entré dans la maison de ses parents et y a trouvé le corps inanimé de sa mère. Elle était décédée tragiquement.

« J'étais très proche de ma mère », confie-t-il. « Personne ne s'attend à perdre un proche comme ça. La dernière chose que j'ai vue, c'est un petit bout de papier sur lequel il était écrit 'Dites à Sean que je l'aime'. Je me suis posé beaucoup de questions, je me suis senti coupable, je suis passé par toute la gamme des émotions. »

Peu de temps après, Sean était avec un ami en qui il avait confiance et il l'a vu prendre une pilule.

« Je lui ai demandé ce que c'était et il m'a sorti un nom à coucher dehors », poursuit Sean. « J'en ai pris une, sans trop y penser, et ça ne m'a pas fait grand-chose. Je me suis senti un peu mieux, sans plus. »

Pourtant, durant les quelques années qui ont suivi, Sean a pris une pilule ou deux toutes les fins de semaine. Pour lui, il n'y avait rien là.

Mais par la suite, la situation a complètement dégénéré.

« Tout à coup, je me suis retrouvé avec beaucoup trop de médicaments dans mon tiroir, donc j'ai commencé à les prendre plus souvent », précise-t-il. « Puis, je me suis mis à en prendre plus, et encore plus, et encore plus. Je dois avouer que durant les quatre dernières années de ma dépendance, c'était rendu un gros problème. »

Et par « gros problème », il parle de 50 à 60 petites pilules blanches par jour.

« Les pilules ne m'apportaient rien de bon », explique-t-il. « Je ne faisais que survivre. J'étais rendu complètement dépendant à ces médicaments. Je ne pouvais pas fonctionner sans eux. »

Sean voulait arrêter de prendre des médicaments. Il a essayé à quelques reprises.

« Une fois, j'ai réussi à m'en passer durant 15 jours, et je n'ai pas fermé l'œil durant ces 15 jours. J'étais un vrai zombie. Je crois que j'ai failli mourir pour vrai. C'était l'enfer. »

Pris dans sa dépendance, Sean a vu sa vie commencer à s'effondrer. Trois des quatre entreprises d'ameublement qu'il représentait l'ont laissé tomber. Lui qui était passionné de sports et de cinéma, il n'avait maintenant plus aucun intérêt envers ces loisirs. Sa moto Harley-Davidson, à laquelle il tenait comme à la prunelle de ses yeux, a passé trois ans immobile dans le garage. Et à coup de milliers de dollars, sa dépendance aux médicaments a fait gonfler son endettement.

« Tout le monde pensait que je devenais fou », souligne-t-il. « Des amis et des gens avec qui je faisais affaire m'appelaient tout le temps et me demandaient ce qui se passait avec moi. Ils pensaient que j'étais en train de devenir fou. Certains d'entre eux se doutaient que je prenais des substances, mais je ne l'avouais pas. »

Shawnda était la seule personne à connaître la vérité. Parfois, elle cachait les pilules de son mari et il virait la maison sens dessus dessous pour les trouver. La dépendance de ce dernier le transformait en une tout autre créature.

« Ma dépendance a bien failli me coûter mon mariage », ajoute Sean. « J'ai dit des choses à ma femme que je regrette encore aujourd'hui. Quand elle refusait de me donner mes pilules, je lui disais n'importe quoi pour les avoir. C'était une grave erreur. »

DE L'AIDE D'HORIZON

Finalement, en 2017, Sean s'est retrouvé dans sa camionnette à l'aéroport d'Halifax à dire à sa femme qu'il ne reviendrait jamais.

Il a touché le fond ce soir-là, et ce fut le début d'une transformation radicale.

Deux jours plus tard, il s'est présenté à un centre de désintoxication en Nouvelle-Écosse. Il est resté une semaine durant laquelle il a participé à des séances de counseling et a pris de la méthadone pour soulager ses symptômes de sevrage.

Durant son passage en désintox, il s'est rendu compte que les dépendances se cachent derrière différents visages.

« Je me suis retrouvé aux côtés d'une jeune prostituée. Ça m'a vraiment brisé le cœur quand je l'ai vue », relate-t-il. « J'ai aussi connu un homme qui avait été accro à la drogue toute sa vie et qui était en piteux état. Il y avait également un pompier, un pilote d'avion et un agriculteur. »

Après son séjour en désintox et son retour à la maison, Sean a décidé de se rendre aux Services de traitement des dépendances et de santé mentale du Réseau de santé Horizon, dont le bureau local est situé au 81, rue Albert, à Moncton. On y trouve une équipe de 15 professionnels - travailleurs sociaux, psychologues, infirmières, ergothérapeutes et conseillers en services à la personne - qui aident des centaines de clients aux prises avec des dépendances aux drogues, aux médicaments, à l'alcool ou au jeu.

« Nous créons un environnement qui favorise la compassion et le respect », souligne Serge Bourque, gestionnaire de programmes par intérim des Services de traitement des dépendances. « C'est ce que les clients veulent. Ils veulent qu'on se soucie de leur bien-être. »

Sean a d'abord rencontré une travailleuse à l'admission, puis il s'est inscrit à dix séances du groupeUn nouveau chapitre, un groupe aidant les gens à se rétablir d'un problème de dépendance.

« Sean était vraiment ouvert avec les membres du groupe », raconte Julie Belliveau, la travailleuse sociale d'Horizon qui animait les séances. « Il nous a fait part des obstacles qu'il avait rencontrés, des difficultés qu'il avait connues, mais il nous a aussi parlé de son désir de changer pour avoir la vie qu'il voulait mener, devenir la personne qu'il voulait être et avoir un nouveau regard sur la vie. »

Julie est devenue la conseillère personnelle de Sean quand il a terminé le programme de thérapie de groupe. Il croit que c'est grâce à elle qu'il est demeuré sobre.

« Elle m'a sauvé », témoigne Sean. « Elle m'a tellement aidé. C'est facile de voir qu'elle se soucie véritablement du bien-être de ses clients. Elle ne donne pas d'ordres et n'accuse personne de quoi que ce soit. Elle ne fait qu'éclairer notre chemin. C'est fantastique. »

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TENDRE LA MAIN AUX AUTRES

Grâce à sa détermination de fer et au soutien de sa famille et de l'équipe d'Horizon, Sean est sobre depuis maintenant presque deux ans.

Il aide déjà d'autres personnes qui souffrent d'une dépendance. En septembre dernier, il a démarré le premier chapitre au Canada atlantique de LifeRing, une autre solution aux groupes de soutien plus connus comme les Alcooliques Anonymes et les Narcotiques Anonymes.

Dans le cadre des réunions hebdomadaires de LifeRing, les participants n'ont pas à suivre un programme à 12 étapes, n'ont pas à croire en une force supérieure et n'ont pas l'obligation de s'étiqueter comme « dépendant ».

« Tout le monde parle de sa semaine, de comment elle s'est déroulée », explique Sean. « J'essaie de garder les choses simples, sans chicane ni romance. Les participants et moi parlons plutôt de ce que nous faisons actuellement, de comment la dernière semaine s'est passée, de ce que nous planifions faire. »

Shad Sinclair, un homme de 44 ans qui se remet d'une dépendance à l'alcool, a participé à plusieurs réunions de LifeRing. Il dit de Sean qu'il est un homme formidable qui fait sentir les gens les bienvenus et à l'aise.

« Nous rions et nous pleurons », indique Shad. « Nous vivons beaucoup d'émotions, mais on vit aussi beaucoup de moments de gaieté. Nous sommes tous là pour nous encourager mutuellement, et Sean fait un travail fantastique comme animateur du groupe. »

UN HOMME LIBRE ET UN AVENIR RELUISANT

Le bilan des victimes de la crise des opioïdes au Canada ne cesse de s'alourdir. Selon un rapport de l'Agence de la santé publique du Canada, en 2017, on a recensé au pays quelque 3 987 décès apparemment attribuables aux opioïdes, dont 33 au Nouveau-Brunswick.

« Aucun dépendant n'est dépendant par choix, peu importe si c'est une personne qui vit dans la rue ou une personne comme moi », fait remarquer Sean. « Tout le monde veut être sobre, mais ce n'est pas facile. Ce n'est pas pour rien qu'on assiste à une épidémie. C'est très difficile de s'en sortir. »

Devant les statistiques alarmantes portant sur les décès attribuables aux opiacés, Sean et sa famille se trouvent chanceux de leur sort.

« J'ai retrouvé l'homme que j'ai épousé », confie Shawnda. « Nos fils ont le sentiment d'avoir retrouvé leur père. Ils peuvent lui parler et il les écoute vraiment. Il est présent de corps et d'esprit. Il est davantage comme il était avant et il recommence à pratiquer les loisirs qu'il aimait tant avant que sa dépendance ne prenne le dessus sur sa vie. »

Les pilules qui ont tourmenté la vie de Sean durant de nombreuses années ont finalement perdu leur emprise, et les nuages continuent de se dissiper.

« J'ai l'impression d'avoir de nouveau les deux pieds sur terre », explique-t-il. « J'ai l'impression d'aller de l'avant à nouveau et j'ai espoir en l'avenir. Les dépendances, c'est vraiment l'enfer. Je n'arrive pas à comprendre complètement ce qui fait qu'on sombre là-dedans. J'essaie de comprendre, et j'essaie d'aider d'autres personnes. Je me sens bien. »

 

 

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