Vous avez imprimé ou sauvegardé cette information de www.HorizonNB.ca, le site web du Réseau de santé Horizon.

Facebook Icon LinkedIn Icon Twitter Icon Icon Icon
Imprimer cette page

SURVIVRE AU CANCER ET DONNER DE L’ESPOIR

Un diagnostic de cancer peut être un dur rappel que la vie est courte et qu'il faut mettre son énergie sur ce qui compte vraiment. C'est ce qui est arrivé à un Néo-Brunswickois qui a reçu un diagnostic de myélome multiple, il y a près de 26 ans. Après des années et des années de traitements, il sait à quoi s'attendre et est bien placé pour comprendre l'angoisse que vit un patient dans ce genre de situation. Voilà pourquoi il a décidé d'ouvrir sa porte aux autres patients qui reçoivent des diagnostics semblables afin de les aider à se préparer mentalement aux répercussions des traitements.

Download this video here.

 

Raoul Breault est habitué à se retrousser les manches et à trouver des moyens de se changer les idées.

À 44 ans, ce gaillard de Neguac profitait de la vie et de son travail de chef de zone pour la conservation et la protection au ministère des Pêches et Océans pour l'Est du Nouveau-Brunswick. Dans ses temps libres, il aimait passer du temps avec son épouse, Noella, et leurs trois enfants, ainsi que faire des sorties de pêche à la mouche pour taquiner la truite et le saumon dans les rivières des environs, fendre et corder du bois pour l'hiver et jouer des parties de hockey amicales avec la ligue de garage locale.

Bien entendu, qui dit hockey dit bleus, grafignes et muscles étirés à l'occasion. Mais une bonne fois, pendant une partie de hockey, Raoul a senti une douleur à l'aine qui lui a paru plus intense que ce que les joueurs de l'équipe adverse auraient pu lui faire subir. Le mal ressenti était assez fort pour qu'il se rende chez son médecin de famille afin de subir un examen médical annuel et des prises de sang.

Les jours ont passé et Raoul a continué à travailler, à passer du temps en famille et à s'amuser comme à l'habitude jusqu'à ce qu'il reçoive un appel lui ordonnant de se rendre au cabinet de son médecin à Shippagan, où la famille Breault vivait à ce moment.

C'était le 1er juin 1993, une belle journée fraîche qui annonçait tout de même l'arrivée imminente de l'été. Le Dr Gauthier a mis la paperasse de côté et a affiché un air préoccupé, le genre d'expression qui veut tout dire. Les résultats de tests étaient anormaux.

Raoul1

LE CHOC

« Je ne serais pas étonné que ce soit la leucémie », lui a dit son médecin de famille.

Paf. La nouvelle lui est rentrée dedans comme une rondelle propulsée par un lancer frappé qu'il s'apprêtait à recevoir en plein visage … et qu'il ne pouvait éviter.

« Ç'a été le choc de ma vie. Je suis rentré à la maison et j'ai annoncé la nouvelle à ma femme. Elle était bouleversée, elle aussi », dit Raoul. « Je lui ai dit que j'allais m'en sortir. Nous nous sommes serrés, nous nous sommes embrassés, puis je suis reparti travailler. »

Il a décidé de ne pas annoncer la triste nouvelle à son entourage et de plutôt se concentrer sur son travail et de veiller à contenir ses pensées et ses émotions.

« Je voulais que ça reste dans la famille », explique-t-il.

Sauf que ce jour-là, au travail, les choses se sont passées différemment. Le patron de Raoul, ignorant ce qui se passait, lui a donné d'autres responsabilités.

Normalement, Raoul aurait accepté le défi volontiers, mais dans les circonstances, son cran et sa résolution à continuer d'aller de l'avant se dissipaient plus vite que la vapeur émanant d'une patinoire fraîchement surfacée. Il s'est demandé comment il allait bien pouvoir y arriver, mais a continué ses tâches sans broncher.

Le Dr Gauthier avait déjà pris rendez-vous pour lui avec le Dr Sheldon H. Rubin, éminent hématologue et oncologue à L'Hôpital de Moncton, maintenant un établissement du Réseau de santé Horizon.

C'est lors de son premier rendez-vous avez le Dr Rubin que la gravité du diagnostic a été confirmée : myélome multiple, un cancer des plasmocytes. Au moment du diagnostic initial, le taux de survie après 10 ans était de 15 %. Le Dr Rubin n'a jamais créé d'espoirs de guérison; il a plutôt expliqué à Raoul que s'il prenait soin de lui-même, suivait les traitements, faisait ses suivis et informait tout de suite son médecin de tout problème, il pouvait s'attendre à avoir une bonne vie.

Le Dr Rubin lui a assuré qu'il ferait tout son possible et a admis : « Je ne suis pas Dieu, je suis simplement un médecin. »

C'est plus tard cet été-là, assis seul dans son canot pendant ses vacances, que Raoul s'est finalement libéré du poids que représentait le diagnostic.

« J'en ai pleuré un coup, je peux vous dire ». Il songeait à sa vie, à sa famille, à ses enfants, à ses priorités. S'il n'avait pas la santé, l'argent qu'il avait mis de côté pour la retraite ne valait plus rien. C'est à ce moment qu'il a décidé de se battre. « Je ne vais pas laisser la maladie avoir le dessus sur moi. Je peux vivre avec elle à condition que je puisse voir ma famille grandir. »

Raoul5

TU NE VAS PAS EN MOURIR

La relation médecin-patient a continué à croître au-delà du taux de survie qu'on avait prédit à Raoul et même jusqu'à la fin de la carrière du Dr Rubin. Avant de prendre sa retraite, en 2016, ce dernier a transféré les soins de Raoul au Dr Nizar Abdel-Samad, un autre oncologue hématologue de la clinique.

À l'une des dernières visites de Raoul avant le transfert de son dossier, le Dr Rubin a réitéré ses mots d'encouragement à son patient de longue date : « Raoul, tu ne vas pas en mourir. »

Puisqu'il connaissait maintenant bien le Dr Rubin, Raoul vivait une sorte d'appréhension à l'idée de devoir recommencer à zéro avec un nouveau fournisseur de soins. Ses craintes se sont estompées peu après son transfert. Raoul décrit le Dr Samad comme un médecin dévoué et véritablement soucieux du bien-être de ses patients.

« C'est un médecin qui écoute beaucoup », souligne Raoul. « Quand il parle, je peux voir qu'il a lu mon dossier. Même s'il est occupé, si je veux lui parler d'un problème, il va m'écouter. »

« Je crois qu'il est très important d'écouter », explique le Dr Samad. « C'est important de comprendre le patient, de comprendre ce qu'il veut et aussi de comprendre quel traitement est le plus indiqué pour chaque patient, car chaque patient est unique. »

Le Dr Samad reconnaît qu'au moment du diagnostic de Raoul, le taux de survie était d'à peine deux ans, mais les traitements ont beaucoup progressé depuis, ce qui a permis de faire augmenter le taux de survie à cinq ans et demi. Raoul a donc déjoué les pronostics plus de cinq fois!

« Avec le temps, nous avons développé beaucoup de nouveaux traitements qui ont changé le taux de survie des patients et leur permettent de vivre plus longtemps avec une meilleure qualité de vie », ajoute-t-il. « Heureusement pour Raoul, il a reçu un traitement qui lui a donné une meilleure espérance de vie. Maintenant, grâce à la nouvelle génération de traitements, il peut mieux gérer la maladie. »

Le long de son parcours, Raoul a subi plusieurs séries de chimiothérapie et trois greffes de moelle épinière, la dernière en 2013.

Après avoir appris que personne parmi ses neuf frères et sœurs n'était compatible, on lui a fait des greffes autologues. Dans ce type d'intervention, on utilise les cellules souches du patient même. On les prélève dans sa moelle épinière, puis on les congèle. Le patient reçoit des traitements de chimiothérapie intensive avant que des cellules souches soient réinsérées dans son corps pour l'aider à produire des globules rouges et blancs en santé, ou comme le dit le Dr Samad, du « sang neuf ».

Selon le Dr Samad, les études montrent que dans les cas de myélome multiple, ce type de greffe est mieux qu'une greffe provenant d'un donneur parce qu'il n'y a aucun risque de rejet et qu'elle est moins toxique. « C'est le travail du médecin de choisir le meilleur traitement pour le patient », précise-t-il.

Le Dr Samad croit que ces traitements ont joué un rôle de premier plan dans l'histoire incroyable de survie de Raoul depuis plus d'un quart de siècle. Il note également la conformité de Raoul aux ordonnances des médecins.

« Je suis très heureux d'avoir Raoul comme patient, parce qu'il écoute les consignes », relate le Dr Samad. « Il est la preuve que nos traitements fonctionnent. »

Aujourd'hui, Raoul est serein. « Je me sens bien à propos de tout ça, parce que je peux faire part de mon expérience à d'autres patients qui vivent les mêmes choses. Ils m'appellent et me posent des questions sur les interventions. Ils me demandent si ça fait mal. »

Raoul offre de l'espoir et des mots d'encouragement à n'importe quel patient qui veut lui téléphoner. Je vais être là pour n'importe qui, « n'importe quand, sept jours sur sept ». Si la volonté de vivre que Raoul a développée durant ses problèmes de santé pouvait être greffée à d'autres patients, il serait un homme encore plus heureux. Il leur dit que si lui, il a réussi, eux aussi le peuvent.

Raoul est trop humble pour divulguer le nombre de patients à qui il a parlé pour les aider. Il s'est contenté de nous dire qu'il y en a un bon nombre. Il préfère répandre son optimisme un patient à la fois.

« C'est intéressant, parce que je comprends vraiment ce qu'ils vivent », explique-t-il. « J'aime les aider. Après tout, tendre la main, c'est ça la vie. »

Raoul a récemment célébré ses 70 ans et ne voit maintenant le Dr Samad que tous les trois mois, conformément au calendrier d'entretien. Quand il réfléchit à la vie qu'il n'aurait pas eu la chance d'avoir n'eussent été les percées en matière de traitement, Raoul s'avoue heureux. Ses médecins avaient raison. Il a vécu une bonne vie et la maladie ne l'a pas emporté.

Il peut encore faire plein d'activités que d'autres hommes de son âge ne peuvent plus faire. Tous les automnes, Raoul fend et corde du bois pour l'hiver. Il continue de fabriquer ses propres mouches artificielles pour la pêche à la truite et au saumon.

Il se sent encore excité quand il se retrouve sur la glace avec des amis. Non pas sur une patinoire, mais bien sur la rivière, l'hiver, à faire la pêche sur la glace. C'est là où il réfléchit le plus et qu'il contemple la belle vie qu'il a eue.

Raoul4

 

 


Facebook Icon LinkedIn Icon Twitter Icon Icon Icon
Taille du texte: