Vous avez imprimé ou sauvegardé cette information de www.HorizonNB.ca, le site web du Réseau de santé Horizon.

Facebook Icon LinkedIn Icon Twitter Icon Icon Icon
Imprimer cette page

APRÈS LA RUE, L’ESPOIR

La sécurité, la sobriété et la compassion ont transformé un ancien sans-abri de Fredericton

Download this video here.

Par une nuit d'hiver où régnait un froid sibérien, il y a quelques années, Craig Victory s'est recroquevillé sur le plancher de béton d'un belvédère du centre-ville de Fredericton pour tenter de tomber endormi.

Sans-abri, atteint de maladie mentale et exténué, il croyait que sa vie était sur le point d'être terminée.

« Mes pieds étaient comme deux blocs de glace. J'essayais de tomber endormi, mais je n'y arrivais pas parce que mes pieds étaient trop gelés », explique-t-il. « Je me rappelle de m'être dit que ce n'était pas grave si je mourais dans mon sommeil. Tout ce que je voulais, c'était dormir. »

Craig1

À ce moment, Craig a entendu une voix dans sa tête semblable à celle d'un général d'armée lui donnant des ordres.

« Lève-toi et vas t'acheter un paquet de cigarettes et un café », lui a ordonné la voix.

Alors Craig s'est levé et s'est mis à marcher avec ses bottes pas très chaudes et son manteau usagé. Il s'est rendu à une station-service et a acheté un café et des cigarettes, puis il a passé la nuit à déambuler dans les rues.

« Je n'aimais pas le froid », dit-il. « Personne n'aime le froid. »

Grand gaillard grisonnant de 50 ans, Craig a vu sa vie changer radicalement depuis cette nuit désespérée passée dehors. Ses années d'itinérance sont derrière lui. Il habite maintenant dans un foyer de soins spéciaux, près de Fredericton. Il reçoit des soins pour traiter sa schizophrénie et après avoir passé des dizaines d'années à vivre pour la prochaine bière et le prochain joint, il est désormais sobre.

« Ça fait quatre ans que je prends mes médicaments sans faute », relate-t-il. « Là où j'habite, ils me paient pour faire des petits travaux autour de la maison. J'ai ma propre chambre, c'est bien. Je lis beaucoup, aussi. »

La transformation de Craig a été nourrie en partie par le programme de traitement communautaire dynamique flexible (F.A.C.T.), un projet pilote lancé par le Réseau de santé Horizon au début de 2017 à Fredericton et à Woodstock et dirigé par le ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick. Les équipes du programme se rendent dans les collectivités pour aider les gens aux prises avec de graves maladies mentales. Depuis son lancement, le programme a été mis en œuvre ailleurs dans la province.

« Nous sommes une équipe mobile et travaillons en étroite collaboration avec les clients, les familles et les partenaires communautaires », explique la coordonnatrice de l'équipe à Fredericton, Andrea Astorino. « Je travaille avec l'équipe la plus fantastique, la plus énergique et la plus attentionnée qu'il m'ait été donné de côtoyer dans mes 27 années de carrière en soins infirmiers. »

L'équipe du programme F.A.C.T. est composée d'infirmières, de travailleurs sociaux, de conseillers en services à la personne, d'ergothérapeutes, de psychiatres, de psychologues et de travailleurs chargés du soutien par les pairs. Depuis sa formation, il y a presque deux ans, l'équipe de Fredericton est venue en aide à plus de 150 personnes.

Craig3(FACT)

L'équipe du programme F.A.C.T. d'Horizon à Fredericton

« Bon nombre de nos clients ont des antécédents garnis d'admissions à l'hôpital », explique Andrea. « Nous essayons de faire preuve de créativité quand vient le temps d'établir le contact avec les clients et de les prendre en charge. Si un client a besoin de la banque alimentaire, ce sera notre élément clé. Si le client cherche un emploi, nous nous concentrerons là-dessus. S'ils ont besoin de médicaments, nous essaierons de les jumeler à une infirmière du programme dans le but d'essayer d'établir une relation. »

Ce genre de relation est facile à voir dans le cas de Craig, qui sirote son café et plaisante avec Claudia Rogers, membre de l'équipe F.A.C.T. au Centre de santé Victoria du Réseau de santé Horizon. Infirmière immatriculée, elle est la gestionnaire de cas de Craig depuis plus d'un an.

« Je connais Craig depuis mes années universitaires », précise Claudia. « C'était le gars qu'on voyait pousser un panier d'épicerie rempli de bouteilles. Aujourd'hui, il paraît bien, il est calme et plus enjoué. C'est tout un changement. »

Pour Craig, la paix et la sobriété sont arrivées sur le tard, après une vie remplie de turbulences. Originaire de Glace Bay, en Nouvelle-Écosse, Craig était alcoolique à l'âge de 15 et entrait par effraction dans des bars pour voler de l'alcool. À 16 ans, il a été condamné à deux ans de prison. Au début de l'âge adulte, il avait de la difficulté à maîtriser ses pensées et a développé une obsession pour Dieu. C'est à 25 ans qu'il a reçu un diagnostic de schizophrénie.

« J'entendais des voix. Je ne rappelle pas de ce qu'elles disaient au juste, mais je les entendais », précise-t-il. « Je peux vous dire que j'avais peur, parce que j'avais déjà entendu parler de la schizophrénie. Ce n'était pas plaisant du tout. »

Craig a par la suite passé près de 15 ans en Ontario, où il s'est marié, a eu des enfants et arrondissait ses fins de mois en livrant des circulaires et en cueillant des bouteilles. Après que la famille se soit installée au Nouveau-Brunswick, les choses se sont mises à mal aller dans son couple. Un jour, Craig s'est rendu compte que son ex-femme et les enfants étaient partis.

« Ils sont tout simplement partis », relate-t-il. « Je ne savais pas où ils étaient. J'étais très dépressif et fâché. Mes enfants étaient partis. J'étais habitué de les voir tous les jours. C'est à ce moment que je me suis retrouvé dans la rue. »

Désespéré, Craig a installé une tente dans le fond des bois près du quartier général de la Division J, à Fredericton. Chaque jour, il descendait la rue Regent à pied en poussant un panier d'épicerie dans lequel il plaçait les bouteilles qu'il trouvait chemin faisant. Il arrêtait prendre un repas à la soupe populaire du centre-ville, puis emportait les bouteilles à un centre de récupération.

« C'était difficile », explique-t-il. « Une chance qu'il y avait les bouteilles que je pouvais ramasser pour faire un peu d'argent. Parfois, je pouvais aller au restaurant, comme chez McDonald's, qui est ouvert toute la nuit. Ou bien chez Tim Hortons. Je ne sais pas s'il est encore ouvert toute la nuit, mais dans le temps, il l'était. Je pouvais m'asseoir à ces endroits et prendre un café. Il fallait surtout que je continue de bouger. Si je bougeais, je n'avais pas froid. »

Craig s'est fait arrêter et emprisonner au moins huit fois pour avoir été ivre dans un endroit public. Une autre fois, il a été arrêté pour avoir menacé de poignarder un gardien de sécurité de l'hôpital avec un pic. Il a été reconnu non criminellement responsable de ses gestes et envoyé à l'hôpital psychiatrique de Campbellton, où il est resté deux mois. Après son congé, il a recommencé à boire et à crier dans la rue.

« Ce qui devait arriver arriva. Je me suis fait arrêter à nouveau et renvoyer à l'hôpital », relate-t-il. « On m'a envoyé au même hôpital, parce qu'on avait rendu des ordonnances à mon endroit. Je devais maintenir la paix, prendre mes pilules, voir mon médecin, mais je ne voyais pas mon médecin et je ne prenais pas mes pilules. »

Craig a été relâché en 2016, mais selon certaines conditions. Il devait bien se comporter, habiter dans un foyer de soins spéciaux, se tenir loin de la drogue et de l'alcool et faire des suivis avec des professionnels de la santé mentale.

À son premier contact avec le programme F.A.C.T., en avril 2017, Craig était malheureux et s'ennuyait. Il vivait dans une résidence située à 45 minutes de route à l'extérieur de Fredericton. « Une marche de trois heures pour aller au magasin », explique-t-il. Les membres de l'équipe du programme F.A.C.T. lui ont trouvé un logis plus près de la ville. L'ergothérapeute l'a aidé à trouver des petits emplois et Claudia a commencé à surveiller ses médicaments.

« L'équipe F.A.C.T. a été formidable avec moi », indique Craig, qui a maintenant repris contact avec deux de ses enfants, les deux plus âgés. « Ils s'assurent que je prends bel et bien mes médicaments. Ils viennent me voir une fois ou deux par mois pour voir si je vais bien. Si j'ai besoin de quoi que ce soit, ils sont là pour moi. On s'entend bien. Ce sont de bonnes personnes. »

Cette année, l'équipe F.A.C.T. a accompagné Craig durant son audience annuelle avec la commission d'examen. Les trois membres de l'équipe F.A.C.T., qui comprenait un psychiatre, a recommandé qu'on lui donne son congé absolu en raison des changements positifs qu'il a apportés à sa vie. La commission a convenu qu'il ne représentait plus une menace pour la société et a laissé tomber toutes les conditions associées au dossier de Craig.

« J'ai donc le droit de partir du foyer de soins spéciaux à n'importe quel moment », explique-t-il. « Mais ça fait maintenant sept mois que j'ai obtenu mon congé et j'habite encore au foyer. J'ai décidé d'y rester, même si je m'ennuie un petit peu de la rue. Je ne sais pas si c'est vraiment de la rue dont je m'ennuie, ou plutôt de cueillir les bouteilles ou encore des gens. Je ne sais pas, mais une petite partie de moi s'en ennuie. »

Craig2

Après avoir eu une rencontre avec Claudia, il y a quelques semaines, Craig s'est rendu à l'arrière du Centre de santé Victoria et s'est allumé une cigarette dans l'air embrumé de ce mardi matin d'automne. Tout près, deux jeunes hommes ont déposé une grosse caisse de bière sur un banc de parc. D'autres gens discutaient debout, près de la porte de la soupe populaire. Et dans les broussailles situées en contrebas du magnifique sentier pédestre de Fredericton, on pouvait voir une tente installée aux abords de la rivière Saint-Jean.

La froideur du vent trahissait l'arrivée imminente de l'hiver. Craig est monté dans une auto avec une membre de l'équipe F.A.C.T. et est retourné dans le confort et la chaleur du foyer de soins spéciaux où il réside.

« J'ai de la peine pour les gens qui sont dehors par grand froid », souligne-t-il. « Quand l'hiver va arriver, je vais remercier le bon Dieu d'être où je suis. »

 

Facebook Icon LinkedIn Icon Twitter Icon Icon Icon
Taille du texte: